Concernant son choix de se porter partie civile dans le cadre du procès intenté par le Procureur de la République à Georges Bensoussan, il est à craindre, en toute rigueur intellectuelle et avec grand chagrin, que SOS Racisme n’ait pas eu le choix… La phrase « dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère » renvoie de fait à une logique d’essentialisation, quel que soit le contexte dans lequel on essaie de la replacer. Le drame de cette phrase est qu’elle se suffit à elle-même. Et le drame encore plus grand est qu’elle aurait disparu des esprits si son auteur avait simplement dit qu’elle n’était pas pertinente, s’il avait présenté des excuses pour ce qu’il n’aurait pas dû énoncer. Personne parmi ceux qui savent combien il a contribué un temps par son travail à penser la violence politique – pour mieux la combattre – ne peut se réjouir de la situation dans laquelle nous met son refus de revenir sur ce propos. C’est au contraire extrêmement douloureux et déstabilisant de devoir renoncer à Georges Bensoussan comme refuge et référence rassurante de la pensée dans nos combats actuels. Quelque chose d’autre a pris le dessus en lui sur l’extraordinaire rigueur qui a longtemps animé son travail. Et je pense ici au remarquable livre « Europe une passion génocidaire. Essai d’histoire culturelle » qu’il faut lire absolument. Comme l’a démontré Georges Bensoussan lui-même, c’est dans les mots que se prépare la violence politique. A l’heure du confusionnisme, de la menace islamiste, de la montée des populismes et des identitaires, alors que l’on voie un président américain incarner le régime de la « post-vérité », la moindre complaisance envers des facilités de formulation et/ou intellectuelles se paie au centuple – a fortiori quand elles sont le fait de références incontournables telles que Georges Bensoussan. Il n’avait et n’a tout simplement pas le droit de s’exprimer, lui, comme il a assumé de le faire. Pas avec sa stature, ni avec son aura – du fait même du choix qu’il a fait d’endosser, un temps remarquablement, une certaine pensée et un certain combat. Quant on est Georges Bensoussan, soit on est irréprochable dans ses propos, soit on s’excuse, aussi douloureux et désagréable cela soit-il. Mais le tragique de l’histoire est qu’aujourd’hui nous n’en sommes plus là. Et il est juste que ceux à qui il revient d’en tirer des conclusions le fassent.

Jennifer Lempert

Texte initialement publié sur Facebook le 23/01/2017

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 Textes concernant ce procès :

Dominique Sopo, « SOS racisme ne veut pas laisser passer les propos de Georges Bensoussan sur les Arabes« 

Alain Jakubowicz, « Monsieur Bensoussan, il n’existe pas d’antisémites de naissance«