La féministe franco-égyptienne Sérénade Chafik dépeint en quelques touches crues le sort des femmes sur les terres où elle est née.

Article publié le 20/06/2016 sur le site de « La Règle du Jeu »

Nous ne sommes pas des femmes mais des « sabaya » (esclaves butins de guerre), des marchandises vouées au service des désirs des hommes.

Ils nous considèrent comme des marchandises, ils négocient notre prix pour nous passer d’un propriétaire à un autre, de la propriété de nos pères à ceux qu’ils disent être nos maris.
Sinon que signifieraient la dot et les présents que doivent offrir les futurs prétendants à nos pères ?
Des présents et des sommes qui figurent dans des contrats de mariages qui ne sont que des contrats de vente.

Ils nous collectionnent comme s’ils collectionnaient des timbres ou des œuvres d’art.

Ils nous achètent comme s’ils achetaient des voitures ou tout autre objet.

À leurs yeux, nous ne sommes pas des êtres humains mais des choses à acquérir. Plus ils en acquièrent plus ils estiment faire la preuve de leur richesse.

Nous sommes des « Aourat » (des hontes impudiques) qu’il convient de cacher, derrières nos voiles ; ils nous ordonnent de baisser nos yeux, car ne sommes-nous pas des fetna (tentatrices de l’illicite), n’avons-nous pas fait alliance avec Satan ?

Et ils prétendent que ces conditions dégradantes pour notre dignité, c’est ce que Allah a voulu.

Et ils prétendent que nous collectionner n’est que lui obéir.
C’est la loi de Dieu.

Ils nous condamnent en nous jugeant selon une religion qui n’a pas daigné nous donner des droits.

Une religion qui nous a considérées comme des moitiés.

N’est-il pas vrai qu’il faille deux d’entre nous comme témoins pour que notre parole vaille celle d’un seul homme ?

N’avons-nous pas le droit qu’à la moitié d’un héritage ?

Et comment calculent-ils notre héritage quand nous n’avons mis au monde que des femelles, des moitiés à notre image ?

Ils accourent vers les cheiks pour légitimer les coups qu’ils nous portent.

Ils disent défendre leur honneur quand ils nous tuent, eux qui ont placé l’honneur des nations entre nos cuisses.

Et dans un pays comme l’Egypte, quand ils nous amputent de notre organe sexuel, n’appellent-ils pas cet acte de torture purification, ne sommes-nous pas des « negssa » (impurs) qu’il convient de purifier ?

Ils nous demandent de les craindre et d’être obéissantes, à la maison ils s’appellent « rab » (Dieu) de la famille, nous devons alors nous agenouiller.

En même temps, ils nous demandent d’être les princesses de leurs fantasmes, consentantes dans leur lit, soumises à leurs désirs.

Ils remplissent nos utérus d’une progéniture sur laquelle nous n’avons pas l’autorité, ils nous ont rendues sans issue face à notre sort amer.

Ils prétendent que le paradis est aux pieds des mères, mais, à leurs yeux, nous ne sommes que des vagins sans esprit.

Ils considèrent que nos corps sont des champs qu’ils labourent comme bon leur semble.
Ils nous ordonnent de les satisfaire et estiment que nous n’avons aucun désir.

Ils nous spolient de nos droits les plus élémentaires, et quand nous nous rebellons, ils nous accusent d’apostasie, de mécréance pour avoir enfreint les lois d’Allah.

Ils nous ont soumises à leurs lois de statut personnel, à leur code de la famille, qui ne sont que le miroir de leur déviance.

Leur blasphème envers nous, leur mépris envers la moitié de l’humanité a fait couler les nations ; ils nous ont jetées en des ères obscures.

Et le tout sans enfreindre la Charia (loi) d’Allah.

Sérénade Chafik